Je suis visuel, auditif, kinesthésique… vraiment ?

Pendant longtemps, je me suis pensée kinesthésique.
J’étais kinesthésique parce que je n’étais pas visuelle : voir quelque chose ne me suffisait pas pour le retenir. Et je n’étais pas auditive non plus, puisqu’écouter quelque chose ne me suffisait pas pour l’apprendre. Il me restait donc la possibilité d’être kinesthésique. Apprendre dans l’espace, apprendre par sensations, associations, ça me parlait. Et puis, il fallait bien que je sois quelque chose, non ?

C’est l’une des grandes théories en éducation du 20 ème siècle. Proposée par Antoine de la Garanderie, l’idée générale en est qu’on a tous un moyen préférentiel d’apprentissage, et que celui-ci est basé sur celui de nos cinq sens que nous utilisons le plus. Il y a donc les visuels, ceux qui utilisent majoritairement leur vue ; les auditifs, ceux qui utilisent le plus leur ouïe ; et les kinesthésique, ceux qui touchent et bougent.

L’apport majeur de cette théorie 

Avec cette classification, une idée nouvelle est apparue et a fait souffler un vent de fraîcheur : on est tous différents. Ça vous semble peut être évident aujourd’hui, mais souvenez-vous de l’école de vos grands-parents : pas vraiment de place à la différenciation, à l’individualisation, pas vrai ? Alors l’idée que l’on fonctionne tous différemment face à un apprentissage, c’est plutôt un super chouette apport.
Un autre grand progrès qui a découlé de cette théorie, c’est que les enseignants ont été invités à prendre en compte ces différences. Ils ont donc commencé à davantage varier leurs supports pédagogiques, pour essayer de rejoindre plus efficacement tous leurs élèves. Et d’ailleurs, rapidement, on s’est rendu compte d’à quel point c’était magique : les résultats étaient là. Tout à coup, certains élèves se sentaient mieux dans leurs tâches d’apprentissage, ils comprenaient mieux le contenu. Ils avaient la possibilité de choisir leur support de prédilection. Alors, je ne dis pas que tout est devenu magique (je me souviens de douloureux cours magistraux, à l’Université, sans aucun support visuel par exemple… et c’était long.). Mais c’était sûrement un pas en avant.

Oui mais et les kinesthésiques alors ? Et les nombreuses différences individuelles ?

Pourtant, varier les supports, c’est bien mignon, mais la différenciation à ses limites. Dans le cadre d’une classe de 30 élèves, on fait quoi de celui qui préfère bouger pour apprendre ? De celui qui a besoin de faire, de toucher, d’expérimenter ? Ou même, de celui qui aime se parler à lui-même à voix haute ? Alors, on est resté sur une idée de la différenciation plus limitée, mais qui donnait déjà quelques bons résultats : dans la majorité des écoles, on a surtout mis en place des supports pour nos élèves visuels et nos élèves auditifs. (Ne me jetez pas de cailloux, je fais une grosse généralité ici et j’en suis consciente ; des écoles alternatives, par exemple, ne fonctionnent pas sur ce modèle, pas plus que des moyens pédagogiques créatifs mis en place par de nombreux enseignants dans leurs classes plus traditionnelles.)
Mais reste l’impossibilité de répondre à tous, de faire en sorte que chacun se retrouve dans les différents supports d’apprentissage proposés par l’enseignant. D’autant que l’enseignant a lui-même sa propre façon de fonctionner, qui lui apporte un biais dans les supports qu’il met en place… De quoi s’y perdre.

Vers une approche moins fractionnée

Le problème de ces théories, au-delà des élèves kinesthésiques, est le cloisonnement qu’elles induisent. Un petit exercice pour vous le prouver : essayez de penser à différentes situations dans lesquelles vous avez appris quelque chose. Les supports étaient-ils les mêmes à chaque fois ? Ne supportez-vous vraiment qu’une seule façon de faire ?
Je pourrais vous citer des livres qui m’ont beaucoup appris, grâce à leur seul support. Je pourrais aussi vous expliquer comment j’ai développé certaines connaissances dans des conférences, via le support auditif. Mince, mais je croyais que j’étais kinesthésique ??
Moi quand j’essaie de m’y retrouver
Bref, vous voyez où je veux en venir : peut-on vraiment se ranger dans une seule case ? Les choses doivent-elles être si blanches ou si noires ? Si c’est le postulat de certains auteurs, par exemple les rédacteurs de ce site internet qui vous proposent un quiz permettant de déterminer quel est votre style d’apprentissage (en anglais), il me semble que l’on ne peut pas être aussi catégorique. Que quelque part, l’être humain et ses processus sont un peu plus complexes que cela.

Alors, je suis quoi ?

Je suis, vous êtes, nous sommes, des personnes, des êtres humains (au risque d’enfoncer des portes ouvertes). Ce qui signifie que nous sommes des êtres doués de sphères affectives, émotionnelles, qui teintent nos apprentissages. Que dépendamment des situations, de nos enseignants, de nos pairs, du sujet, nous pouvons apprendre différemment. Je ne suis pas plus kinesthésique que visuelle ou auditive, finalement. Par contre, oui, j’ai parfois une tendance kinesthésique lorsque l’on me demande d’acquérir une compétence. Demandez-moi par contre de me documenter sur une méthode particulière, et je pourrais devenir complètement visuelle si le livre qui la présente me passionne. Placez-moi dans une situation où ma grand-mère m’explique quelque chose, et j’aime tant l’écouter parler que je deviendrai auditive.
C’est une vision de l’apprentissage comme situé que je voudrais donc défendre, loin des petites cases dans lesquelles on a un peu trop tendance parfois à enfermer les gens. Alors bien entendu, varier les supports sera toujours bénéfique. Et surtout, je ne vais pas là renier les nombreux apports de ces théories à la pédagogie différenciée. Mais entre varier les supports et ranger les gens dans des profils parfois rigides, il y a peut-être un monde…
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