Keep calm and educate

Lorsque je travaillais en Angleterre, j’étais souvent frappée par cette attitude typiquement anglaise face à une difficulté : Keep Calm and Carry On (littéralement, reste calme et continue à avancer). J’en aimais le côté posé, pensé, le refus de céder à la panique et la volonté de continuer dans la voie qu’on a choisi de suivre. Cette devise a été rendue célèbre par les nombreux détournements qui en ont été faits, souvent très amusants et créatifs (d’ailleurs, si vous voulez vous amuser à créer le vôtre comme je l’ai fait pour cet article, allez faire un tour sur le site Keep Calm-o-matic). Passionnée par les mécanismes d’apprentissage, j’ai longtemps eu un Keep Calm and Regulate accroché dans mon bureau (chacun ses passions, hein).

Bref. Récemment, lors d’une conversation, cette phrase m’est revenue en tête. Pour vous situer, cette conversation était un brin défaitiste et concernait le monde, les gens et à quel point rien ne va jamais sur cette planète parce que les humains qui l’habitent massacrent tout et font preuve d’une malhonnêteté incroyable. Bon. Vous voyez le genre. De quoi vous animer une soirée en un rien de temps.

N’y a-t-il pas un peu de lumière à l’horizon ?

Et puis, dans un coin de mon cerveau prêt à céder à la panique, est revenu le film Demain. Si vous ne l’avez pas vu, voyez-le. Sérieusement. En gros, il raconte l’histoire de personnes qui ont décidé de se retrousser les manches et de faire avancer la société, plutôt que de se pencher sur les aspects négatifs de tout ce qui ne va pas sur la planète. De quoi se remonter le moral un bon coup, c’est probablement pour ça qu’il est arrivé dans ma tête à ce moment de la soirée où tout vacillait dangereusement. Parce que ce film, c’est de l’éducation, genre, puissante.
 
Re-bref. J’ai eu une prise de conscience, presqu’une épiphanie. J’ai réalisé que nous passions nos vies à nous plaindre de tout ce qui ne fonctionne pas. Qu’il est facile de céder au découragement. Et pas que concernant le domaine de l’éducation, non non, un peu partout en fait si on y réfléchit.
On se plaint de la mahonnêté et du fait qu’on ne peut pas compter sur tout le monde (et on devient un brin aigri et triste, au passage). On se plaint du fait que l’humanité bousille la planète. Pour un peu, on en aurait presque envie de faire moins d’effort parce qu’après tout, à quoi bon ? On déplore le manque d’engagement de nos concitoyens dans les causes sociales qui nous tiennent à cœur. On a envie de mettre des claques et de se retirer au fond du monde, là où il n’y aura certes pas de personnes avec qui partager les combats mais pas non plus de gens pour mettre des bâtons dans les roues.
Ok bon, c’est bien mignon. Mais n’y a-t-il pas un autre moyen de bouger les choses ?
(Là, vous vous demandez ce qui m’est arrivé. Du gentil blog un peu théorique sur l’apprentissage et la formation, on est passé dès le cinquième article à une sorte de diatribe sur la société et à quel point rien ne va. Mais non, vous ne m’avez pas perdue.)

Keep calm… and educate !

Parce que je crois fermement que tout est lié. Chaque année, j’aime demander aux étudiants pourquoi ils veulent enseigner, comment ils voient leur rôle dans l’éducation. Et j’aime prendre un moment pour me demander pourquoi, moi, j’enseigne. Et ma réponse est toujours la même : parce qu’en formant, en enseignant, on change le monde.
Alors oui, on pourrait considérer l’enseignement comme une transmission de connaissances ou de compétences. On pourrait établir un programme de cours magistraux visant à donner verticalement des informations sur un sujet précis.
Ou alors, on pourrait aussi imaginer qu’on enseigne pour rendre autonome les apprenants, leur permettre de développer des raisonnements, des habiletés en résolution de problème, avec tout ce qu’il faut de ressources pour qu’ils aient la capacité ensuite d’agir, eux, en fonction de qui ils sont et de ce en quoi ils croient. Ça veut dire que face aux défis que l’on rencontre en tant que société et qu’individus la composant, on a une arme puissante : l’éducation. Qu’on peut s’arrêter, respirer, et commencer à éduquer.
Remontez vos manches, bandes d’utopistes, et fabriquez votre utopie. Allez. Hop !

Des pistes pour inventer l’école et l’enseignement

Évidemment, cela semble couler de source pour certaines disciplines, pour la parentalité, ou pour certains champs d’application. Bien entendu qu’enseigner l’écriture, c’est permettre aux enfants d’accéder à la communication. On comprend aussi aisément qu’enseigner les opérations mathématiques simples, c’est leur permettre un jour de tenir leurs comptes. Mais n’est-ce vraiment que cela ? Dans ce cas, à quoi sert d’enseigner l’histoire ?
Et si ce qu’on proposait en enseignant, c’était des clés pour s’épanouir ? Et qu’enseigner l’histoire, par exemple, ce serait offrir aux élèves la possibilité de comprendre le monde dans lequel ils vivent, les transformations qu’il a subi, les inclure dans une temporalité, pour qu’à leur tour, ils puissent faire évoluer leur société ? Ne serait-ce pas une vision optimiste et bienveillante de ce qu’est l’acte d’enseignement ? Et ce n’est pas qu’une question de théorie ou de pratique : c’est une vision globale, englobante. Complète.

Changer sa vision de l’éducation

Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet, beaucoup à défendre aussi. Finalement, cela dépend de la vision que l’on a de l’éducation. Mais de la même façon que des parents éduquent leurs enfants pour que ceux-ci deviennent autonomes et puissent inventer la vie qui leur correspond et qui leur confère une place entière et juste dans leur société contemporaine, l’école pourrait avoir un rôle à jouer. Et ce rôle me semble majeur…
Alors oui, on pourrait continuer à considérer l’éducation comme devant donner une culture générale et quelques habiletés pratiques. Mais j’ai envie de penser que face aux transformations du monde, on peut également lui conférer un immense pouvoir. Celui de changer les choses, une personne à la fois. Celui de donner à chacun la possibilité, grâce à des raisonnements, des habiletés, des connaissances, des compétences, tout ça à la fois et bien plus encore, de trouver sa façon de faire. De parvenir à être heureux et à s’inclure parmi ses contemporains.
J’aime à penser aux enseignants qui ont enseigné à Zola à écrire et à regrouper des informations pour les synthétiser, lui qui a écrit J’accuse. Aussi, à celles et ceux, enseignants, parents, livres, qui ont permis à Maria Montessori de réinventer l’école. Qui ont enseigné le calcul à Einstein. Ou encore, qui ont permis à l’inventeur de la machine à laver, d’inventer la machine à laver. À Gutenberg de penser l’imprimerie. Et aussi à tous les enseignements qui font que nos médecins nous soignent, les éboueurs nous aident avec nos déchets et les agriculteurs qui nous nourrissent.
Et tout ça devient plus joli, pas vrai ?
Sources des images :
Image en une : crédit photo Krista McPhee
Image 1 : crédit photo Cristian Newman 
Visuel 2 : réalisé avec Keep calm o matic
Image 3 : crédit photo My Life Through a Lens

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