Les cours en ligne, une bonne idée ?

Il y a eu un concours de circonstances qui m’a poussée à m’interroger sur les cours en ligne. D’abord, la parution d’un article, mi-février, sur le site du Journal de Québec, dénonçant le nombre croisant de cours offerts en ligne à l’Université Laval. Pour vous en faire un bref résumé, des étudiants étaient mécontents de se voir offrir leurs cours en ligne et non en présentiel, argumentant qu’ils s’étaient déplacés à Québec pour leurs cours ou que le cours en ligne ne favorisait pas la richesse des échanges étudiants-professeurs. Parallèlement, d’autres étudiants apprécient de suivre leur programme dans la tranquillité de leur appartement plutôt que dans de grands amphithéâtres. Difficile de mettre tout le monde d’accord sur le sujet.

Or, cet article est paru quelques jours après l’enregistrement du podcast avec Rahma. Si vous l’avez manqué (écoutez-le), Rahma est la fondatrice de Zia, une méthode d’apprentissage de l’anglais exclusivement en ligne. Et l’enthousiasme de Rahma tranchait beaucoup avec la morosité des étudiants interrogés pour Le Journal de Québec.

Qui croire ?

Cours en ligne : de quoi parle-t-on ?

Le problème, c’est que lorsqu’on parle de cours en ligne on rassemble beaucoup de choses sous un même intitulé. Si leur point commun est d’utiliser l’informatique et internet, ils peuvent être de nature très différentes les uns des autres. Petit tour d’horizon rapide (et probablement non exhaustif) :

  • les cours universitaires inclus dans des programmes, dont parle le fameux article sus-cité. Ils sont souvent obligatoires dans les cursus, mais peuvent aussi pour certaines être suivis à l’envi par les auditeurs libres.
  • les cours universitaires libres. Affiliés à des universités, ils permettent à n’importe qui sur la planète de suivre gratuitement un contenu. Parfois, une petite somme sera demandée à ceux qui souhaitent obtenir un certificat. Mon préféré en ce moment : edX (en anglais), mais il en existe bien d’autres.
  • les cours non-universitaires, par exemple l’Université des Colibris ou tout autre MOOC (Massive Online Open Course, soit un cours accessible gratuitement en ligne). Ces cours ne sont pas affiliés à une université « officielle » (entendre par là qu’ils ne vous délivreront pas un diplôme d’état) ce qui ne nuit en rien, bien entendu, à leur qualité.
  • les formations en ligne spécialisées, où vous avez un enseignant qui vous est dédié ou qui l’est à un petit groupe de personnes. Vous payez pour un accompagnement personnalisé (ou relativement personnalisé) dans votre formation. C’est le cas par exemple de Zia, mais aussi de la Blogschool qui accompagne les blogueuses féminines dans la création de leur blog.
  • les formations complètement informelles, comme par exemple les chaînes de vidéos Youtube qui vous présentent des tutoriels et, d’un tutoriel à l’autre, vous finissez par maîtriser les bases de quelque chose (mettons, le jardinage). Également, citons dans les formations en ligne internet les groupes Facebook ou d’autres réseaux sociaux où l’apprentissage se fait collectivement.

Mais je m’égare, je doute que nos étudiants de l’article de journal parlaient des groupes Facebook.

Des modalités différentes

S’il est aussi difficile de se prononcer catégoriquement sur les cours en ligne, c’est aussi parce que tous ont des modalités différentes. Grosso modo, il y a autant de formats qu’il y a de cours en ligne. Grâce à la technologie, chaque concepteur se retrouve face à une multitude de choix. Cours synchrone (une heure définie pour tous, en même temps) ou asynchrone (chacun organise son temps comme il veut) ? Format texte, vidéo ou audio ? Formation en libre accès ou limitée dans le temps ? Forum d’échange avec la communauté ou échange entre apprenant et enseignant seulement ? D’ailleurs, y a-t-il un enseignant ou y a-t-il plutôt un modérateur, qui laisse la communauté ses membres apprendre collectivement ? …

… et des apprenants différents

Ce que ça veut dire, c’est que ce qui me convient à moi ne vous conviendrait pas forcément, et vice versa. Dans la diversité des cours et formations en ligne, il y en a pour tous les goûts. Chacun, en cherchant un peu, doit pouvoir y trouver son compte.

Par exemple, j’aime les cours en ligne avec une ligne éditoriale claire, asynchrones mais limités dans le temps ; je préfère un mélange de vidéo et de texte, et j’aime quand on me laisse élaborer ma pensée. Je suis moins friande de travail en équipe en ligne, j’ai de la difficulté avec les cours seulement en vidéo. J’aime quand on me propose des ressources extérieures.

Une société qui change

Aujourd’hui, on a un accès au monde très facile depuis le fond de notre canapé. La formation informelle en est d’autant plus facile : quand on a une question, la réponse n’est jamais loin. Quand on a besoin d’une information, on peut la trouver à l’envi. Les cours en ligne en sont le reflet. Chacun peut se former pour une poignée de monnaie à des domaines variés en fonction des besoins, de ce qui nous manque pour mener à bien un projet.

On est aussi plus répartis géographiquement, les familles sont moins regroupées, les enfants partent parfois loin. On peut aussi faire le choix de s’expatrier, de changer de pays ou de région, de s’éloigner des villes. Et si les cours en ligne nous permettaient alors d’avoir le beurre et l’argent du beurre ? De vivre là où on le souhaite, tout en profitant de ce que nous apportent les formations proposées par ceux qui vivent loin de nous ?

Aujourd’hui, une personne qui vit isolée ou qui est maintenue chez elle pour des raisons diverses, peut suivre ses cours à l’Université. Des centres d’examens agréés peuvent même lui permettre de bûcher proche de chez elle. Finalement, n’est-ce pas ça, les bienfaits des cours en ligne ? N’est-ce pas aussi, comme ce fût mon cas récemment, la possibilité d’échanger avec un philippin qui suit la même formation que nous, au même moment, et de s’enrichir de cet échange ?

Quelques conditions et projections

Évidemment, tout ceci n’est valable qu’à certaines conditions : préparer un cours en ligne ne se fait pas comme préparer un cours en présentiel. Cela demande des enseignants formés, ayant une facilité de prise en main de la technologie. Ce sont également des responsabilités de la part de l’apprenant, qui se trouve dans un autre rythme que dans les cours auxquels il assiste physiquement.

Mais ce que je trouve encore plus magique, c’est que dans le cas des formations à distance détachées d’un programme, c’est l’apprenant qui décide de ce qu’il veut apprendre, quand il veut l’apprendre. C’est une vision de l’apprentissage où chacun approfondit ce qui lui semble bon. Et donc, c’est une occasion de personnaliser l’apprentissage au maximum, tout en le faisant coller à ce dont chacun a besoin et en lui faisant confiance pour s’y engager comme il le souhaite, ni plus, ni moins. Il peut aussi choisir où et parfois quand il préfère travailler. Suivre son propre rythme, en somme. Avec ce type de dispositif, ce n’est plus l’enseignant ou l’institution qui décide de ce que l’apprenant doit connaître. Et ça, c’est libérateur, non ?

C’est en tout cas une toute autre vision de l’apprentissage. De l’autonomie. Et de la responsabilité de chacun. Aurait-on des leçons à en tirer ?

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Image en Une : rawpixel.com 

Source des images : jeshoots.comWilliam Iven , Avi Richards 

 

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