La dictée comme un remède aux difficultés orthographiques… ou pas

Il y a quelques jours, je suis tombée sur un reportage disant que l’écriture avait du plomb dans l’aile. Pas l’idée de l’écriture, non, puisqu’une personne sur trois, d’après ce reportage, rêverait d’écrire un livre une fois dans sa vie. Mais bien l’écriture en elle-même. L’orthographe. La grammaire. Les structures de phrases. J’ai beaucoup parlé autour de moi de cette question de l’écriture. Ça n’a pas manqué. Il y a toujours un moment où la question de la dictée est revenue sur le tapis.

La dictée, c’est un peu comme tout ce qui est passionnel : on a adoré ou on a détesté (relation qui est généralement liée à nos résultats dans les dites dictées lorsque nous étions écoliers). Il y a celui qui, s’enorgueillissant de son orthographe parfaite, aimait le confort que lui apportait la dictée. Il y a celle qui, petit à petit, a vu son écriture s’améliorer et défend bec et ongles la dictée comme un moyen de régler les problèmes orthographiques du monde. Et il y a enfin cet ancien élève qui souffrait tant de ses mauvaises notes en dictée, qui la décrie de toute sa voix.

Qu’est-ce que la dictée ?

Oui parce qu’au cas où vous vivriez dans un monde où cette pratique n’existe pas, je me suis dit que j’allais essayer de vous expliquer ce que c’est que la dictée de façon la plus factuelle possible (il sera toujours temps de vous exposer quelque chose de plus subjectif et passionnel après ^^). La dictée, donc, c’est un exercice d’écriture qui consiste à écrire un texte dicté par un pair ou un enseignant, et dont le but est de s’assurer de faire le moins de fautes d’orthographe possible. Par sa forme, la dictée évalue donc l’orthographe uniquement, que celle-ci soit étymologique, qu’elle ait rapport aux accords ou à la conjugaison ou qu’elle vérifie l’acquisition de règles précédemment travaillées. Petite variante, l’autodictée consiste à apprendre un texte par cœur et à le restituer tel quel, à l’écrit.

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La dictée de Pivot

Il m’est arrivé parfois de « jouer à la dictée de Pivot ». La dictée de Pivot, c’était cette dictée de concours préparée par Bernard Pivot, qui concentrait autant de mots délicats à orthographier que possible. Le fameux ornithorynque, mais aussi ceux qui posaient des fautes d’accord. C’était tout un défi que d’arriver au bout de cette dictée sans jamais se tromper. D’ailleurs, bien rares étaient ceux qui y parvenaient, au terme du concours. Certains pièges étaient faciles à déjouer : moi, j’étais toujours fière quand je parvenais à accorder un mot adéquatement, par exemple « les délicieuses gens ont des amours heureuses ». C’est beau, non ? Mais d’autres pièges étaient terribles, tortueux, comme un jeu de piste à l’étymologie.

Mais ce qui différenciait la dictée de Pivot de la dictée de notre professeur de français était ailleurs : c’était un jeu sans enjeu. Vous pouviez faire 52 fautes d’orthographe chez Pivot et en rire avec vos amis et vos parents. Vous ne pouviez pas faire 52 fautes d’orthographe dans votre dictée scolaire sans risquer des problèmes.

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Pourquoi être mauvais en dictée, c’est la loose à l’école

Il y a plusieurs types d’élèves face à la dictée. Ceux qui la réussissent toujours et ceux qui l’échouent immanquablement. Et pour ceux qui se retrouvent avec la note minimale (voire, avec certains enseignants taquins, avec une note négative), c’est toujours un mauvais moment à passer. L’enseignant est un peu déçu, les « bons » élèves en dictée sont moqueurs. Mais au final, ce n’est pas vraiment ça qui fait qu’être mauvais en dictée, c’est la loose. Ce qui fait que c’est la loose, c’est que c’est l’occasion d’entendre constamment qu’il faut faire des efforts et n’avoir aucune idée de quels efforts seraient efficaces pour s’améliorer en orthographe. Et que ça n’inquiète vraiment personne.

Comment s’améliorer en dictée ?

Parce que je voudrais poser la question une fois pour toutes : que propose-t-on souvent aux élèves qui ont de la difficulté en orthographe pour s’améliorer ? Je n’ai pas entendu, pour ma part, un gros choix de solutions proposées aux élèves. On leur a suggéré de lire davantage. On leur a dit de se concentrer plus. Il se peut même que parfois, on leur ait demandé de faire un effort ou de réfléchir à quoi faire. Oui parce que vous comprenez bien l’importance de l’orthographe. Sauf que quand l’orthographe ce n’est vraiment pas votre truc et que vous n’y comprenez rien, ce n’est pas de vous replonger dans un livre (surtout si la lecture n’est pas votre truc non plus) ou de faire un effort qui va vous sortir de là.

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Et oui : l’apprentissage de l’orthographe n’est pas magique. (désolée) En tout cas, il l’est moins que ce que la dictée voudrait nous faire croire. À écouter certains, il suffirait de pratiquer la dictée pour s’améliorer. J’ai un doute. Prenons un exemple. Malgré tous les efforts de ma grand-mère et ma fascination pour ses doigts de fée, je ne sais pas tricoter. Du tout. En fait, je ne sais même pas monter les première mailles sur l’aiguille, c’est dire. Comment puis-je m’améliorer en tricot ?

  1. je pratique et pratique encore, dans mon coin, jusqu’à ce que par miracle les mailles montent sur l’aiguille.
  2. je me dégote quelqu’un qui m’explique, m’accompagne, jusqu’au jour où je serai capable de bidouiller un morceau de tricot par moi-même, que je pourrai lui montrer pour qu’il ou elle l’évalue et m’aide à comprendre où j’ai manqué.

À votre avis ? Le plus efficace ?

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Mais la dictée alors, ça sert à quelque chose ou pas ?

Et là, vous allez me dire que je suis bien mignonne, mais que si on a mis la dictée à l’école elle sert forcément à quelque chose. Qu’il y a une raison pédagogique valable. Que bon sang, elle fait partie des épreuves du brevet, nom d’une pipe. Forcément qu’elle est utile !!!

Évidemment qu’elle est utile. À mon sens, la dictée a deux fonctions principales : évaluer et permettre une progression de l’élève.

  • La dictée est un excellent moyen d’évaluation. Elle est comme une photographie, à un moment M et pour peu qu’elle soit bien choisie en fonction de ce qu’on souhaite évaluer, des acquisitions de l’élève VS ce qu’il lui reste à acquérir. Exemple : suite à un cours où les élèves ont pu découvrir les règles d’accord des participes passés avec les auxiliaires avoir et être, l’enseignant propose une dictée en conséquence. Elle lui permet de voir lesquels de ses élèves sont désormais capables d’utiliser ces règles d’accord, et donc les ont comprises. Pour l’élève, c’est aussi un bon moyen de savoir où il en est. De voir ce qu’il a effectivement compris et ce qui reste encore un peu flou.
  • Cette autoévaluation va permettre à l’élève de s’organiser dans son travail en mettant l’accent sur ce qui va lui permettre de progresser.  L’enseignant, lui, va avoir une idée d’où chaque élève en est dans sa compréhension et donc, va pouvoir mettre en place les actions pédagogiques nécessaire à l’accompagnement de l’élève. Tout le monde est gagnant.

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La dictée, un support pédagogique très pertinent

En fait, la question est surtout de comment on utilise la dictée. Si on l’utilise seule comme moyen pédagogique pour l’apprentissage de l’orthographe, pas sûre qu’elle soit très pertinente. Par contre, si on l’utilise comme point de départ d’une suite d’actions pédagogiques pour accompagner l’élève, elle devient puissante.

Utilisée de cette façon, la dictée n’a même plus besoin d’être notée. À moins qu’on soit dans une situation d’examen comme le brevet, j’en conviens. Elle peut devenir un outil qui permet à tous de se situer par rapport aux apprentissages. Elle est aussi l’occasion de se questionner sur l’écriture des mots, la construction de la langue, la communication écrite. Et même, elle peut donner lieu à de belles collaborations entre élèves ayant des compréhensions complémentaires de l’orthographe. Bref, la dictée, ça peut être quelque chose de vraiment chouette.

Et l’autodictée, dans tout ça ? J’avoue qu’à l’heure actuelle, je n’en ai toujours pas saisi la pertinence en termes d’apprentissage. Mais si quelqu’un a une idée, et bien… je prends.

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Image en Une : Art Lasovsky

Source des images : Jonas JacobssonNatalia YNiketh VellankiNiketh Vellanki

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