Six choses que j’aurais aimé qu’on me dise quand je préparais le bac philo

Le mois de juin est là et avec lui, les examens de fin d’année, le sentiment de liberté ressenti à l’évocation des vacances d’été, la douceur de l’air. Et puis, la préparation de l’épreuve de philosophie.

C’est pour moi toujours un petit moment de nostalgie. Si vous êtes peu coutumier·e du fait, voilà ce qu’il se passe : tous les ans, en France, les élèves de terminale qui passent le baccalauréat débutent invariablement par l’épreuve de philosophie, quelque soit la filière qu’ils suivent. Certes, vous le savez si vous suivez le blog depuis quelques temps, j’accorde finalement une importance toute relative aux examens terminaux en termes de performance scolaire, mais j’ai toujours un petit quelque chose dans le cœur à l’évocation de cette fameuse épreuve.

Mes souvenirs du bac philosophie

Je n’étais pas, en terminale, une grande férue de philosophie. Cela me semblait ardu et je ne comprenais pas pourquoi je devais m’appuyer sur la pensée des autres pour développer ma propre pensée. (Depuis, j’ai compris. Mais à 17 ans, ça me semblait tout à fait absurde.) Alors cette épreuve, c’était pour moi une source de désintérêt complet. Pourtant, comme elle inaugurait la série d’examens que je devais passer, je la voyais arriver mi-excitée, mi-angoissée.

Depuis, à chaque mois de juin, je me retrouve à scruter le moment où le sujet va être connu. Rien ne filtre, bien entendu, avant que les élèves aient commencé à plancher, mais quelques heures après la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Et chaque année, je me fais la même réflexion : ai-je vraiment su quoi répondre à cela un jour ?? Aujourd’hui, je serais parfaitement incapable de fournir un argumentaire construit sur les questions posées. Mais je suis fascinée par les sujets que l’on propose à nos jeunes. Plus que cela : je les trouve très pertinents. Certains me donnent envie de me lancer dans des discussions, que dis-je, des débats enflammés. D’autres me laissent perplexe, mais me questionnent invariablement.​

baccalauréat - philosophie - philo - examen - éducation - école

Dans tous les cas, je trouve extrêmement intéressant ce qu’on soumet à leur réflexion. S’arrêter quelques heures pour penser à ces questions de fond, c’est s’accorder du temps pour penser des sujets importants. Bon, c’est probablement dommage que cela doive répondre à des exigences pour que l’on puisse y appliquer un barème, mais c’est quand même fascinant. Et formateur.

Il n’y a qu’à voir les sujets de l’année passée.

(Volontairement, dans cet article, je me concentrerai uniquement sur les questions et non sur les textes proposés pour le commentaire, et sur les sujets de la filière générale. On ne peut pas tout faire. Et mes connaissances en philosophie sont inexistantes. Si vous voulez les connaître, rendez-vous ici.)

Pour la série L :

Suffit-il d’observer pour connaître ?

Tout ce que j’ai le droit de faire est-il juste ?

Pour la série S :

Défendre ses droits, est-ce défendre ses intérêts ?

Peut-on se libérer de sa culture ?

Pour la série ES :

La raison peut-elle rendre raison de tout ?

Une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

​Edit : les sujets de l’année 2018 ont été rendus publics depuis la publication de cet article, vous pouvez les retrouver pour toutes les filières ici !

Rétrospectivement, je pense que je n’ai pas su profiter de mes cours de philosophie en terminale. Pourtant, en filière littéraire, j’en avais un certain nombre d’heures par semaine. Mais à l’époque, je crois qu’on ne m’avait pas présenté l’intérêt de ces cours. En fait, on ne m’avait rien présenté du tout. En terminale, on fait de la philosophie, point final. Pour moi, c’étaient donc des cours interminables pendant lesquels on m’obligeait à décortiquer la pensée d’Hannah Arendt, qui me laissait fort dubitative. Je m’ennuyais ferme.

baccalauréat - philosophie - philo - examen - éducation - école

Or, je crois qu’on peut profiter de ses cours de philosophie. Si j’étais élève de terminale aujourd’hui, en train de préparer l’épreuve, voilà ce que j’aimerais ce qu’on me dise :

1. J’aimerais qu’on m’explique qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.

Parce que l’essentiel est de réfléchir à une question et pas d’y apporter une réponse unique. Chacun·e peut construire sa propre pensée et il·elle peut le faire en fonction de qui il·e est, de son vécu, de ses croyances. Et dans tous les cas, c’est correct. C’est valable en philo, oui, mais c’est aussi valable partout, en tout temps et avec tout le monde. Je crois que si on m’avait expliqué ça, j’aurais moins été bloquée sur la recherche de « la vérité », et que j’aurais pu explorer davantage la multiplicité des vérités. Et ça, à mon avis, ça aide à la tolérance et à l’ouverture.

2. J’aimerais que l’on me dise que les auteurs sont là pour apporter une pierre à la réflexion.

Ou plutôt, qu’ils ne sont pas là pour proposer une idée à laquelle on doit forcément adhérer. Longtemps, j’ai pensé que si quelqu’un·e d’assez intelligent·e pour être cité·e, même longtemps après sa mort, avait dit quelque chose, c’est que c’était vrai. Et surtout que moi, je n’étais personne. Il ne me revenait donc pas de critiquer. Alors certes, on me disait que je devais développer ma pensée, mais je croyais encore que le développement de ma pensée devait se faire en adéquation avec celle de l’auteur·e que j’avais choisi·e. Jamais il ne me serait venu à l’idée, à ce moment-là, de contredire ou de pointer des notions avec lesquelles j’étais moins d’accord.

3. J’aimerais qu’on me raconte l’évolution de la pensée

Pour me permettre de réaliser que ce qui est valable aujourd’hui, ne le sera pas forcément demain. Mais que pourtant, on s’appuie toujours sur ce qui est pré-existant pour comprendre ce qu’il se passe, après. Un jour, on a pensé que la Terre était plate ou que Pluton était une planète. On a aussi pensé qu’il fallait brûler les sorcières. Si on ne le pense plus aujourd’hui, c’est parce que nous avons évolué, exploré, appris de nouvelles choses. La pensée, c’est pareil. Quand on comprend que ce qu’on pense absolument vrai aujourd’hui ne le sera peut-être pas pour nos petits enfants, ça fait prendre du recul et ça dédramatise un peu.

4. J’aimerais qu’on me dise que nature et culture ne sont pas juste des concepts abstraits.

C’était le premier chapitre que nous avons étudié, cette année-là. Ma compréhension en a été très limitée. Aujourd’hui, je comprends que cette idée permet de comprendre le monde, les autres, que la culture n’est pas qu’une question de géographie mais aussi de famille, d’école, de groupe social, d’époque, de groupe d’amis. Que nature et culture ne s’opposent pas, mais se complètent. Finalement, les actions que l’on observe ne sont que le reflet de cette culture (le fameux iceberg !) et quand on comprend ce qui nous forme, on comprend aussi ce qui forme l’autre. Encore une fois, on devient plus tolérant·e, plus souple.

5. J’aimerais qu’on m’explique que ce que l’on fait dans le cours de philosophie ne s’arrête pas à la fin de l’heure.

Quand la cloche sonne et que l’on s’enfuit, on ne s’arrête pas de réfléchir. Les cours de philosophie pourraient être une compréhension de comment marche l’esprit humain quand il construit une théorie, mais aussi du fait que ce qu’on apprend en philosophie et les compétences qu’on y développe ne sont pas juste là pour faire joli dans le programme. Si c’est là, c’est parce que c’est une façon de nous construire en tant que citoyen·ne·s, individus partageant une société avec nos pairs.

6. J’aimerais qu’on m’explique qu’on a besoin les uns des autres.

En philosophie, on essaie de comprendre comment d’autres pensent, comment ils et elles voient le monde, et on cherche à construire notre propre façon de voir les choses en fonction de ce avec quoi on est d’accord ou non. En d’autres termes, on co-construit une représentation du monde, on s’appuie les un·e·s sur les autres pour faire émerger du sens. Et ça, c’est la base d’une société qui fonctionne, non ? Surtout que si ça marche avec Platon, qui est mort il y a longtemps, ça doit pouvoir marcher avec notre voisine de palier. Just saying.

baccalauréat - philosophie - philo - examen - éducation - école

Ça aurait changé beaucoup de choses pour moi

Tous ces principes, je les ai découverts bien plus tard, lorsque j’ai entrepris une thèse et que je me suis retrouvée confrontée à des points de vue différents à partir desquels il fallait que je fasse émerger le mien. Maintenant, je regrette un peu d’avoir attendu si longtemps pour réaliser à quel point les cours de philosophie à l’école auraient pu m’être profitable. Après, il est tout à fait possible que je sois particulièrement lente, ou que j’aie été une adolescente réfractaire à ces grands principes philosophiques. N’empêche. Je n’étais sûrement pas la seule. Et si j’avais réalisé tout ça à l’époque, je serais sûrement allée au bac philo avec des oiseaux dans la tête plutôt qu’avec l’impression d’aller passer une épreuve difficile.

L’interrogation qui me reste aujourd’hui, c’est celle de l’introduction de ces cours en terminale. Je sais que certaines écoles, ou certain·e·s enseignant·e·s, introduisent la philosophie dans leurs cours avec les très jeunes élèves, parfois dès la maternelle. Nous en avions parlé, par exemple, avec Marine (dans l’épisode du podcast qui lui était consacré). À cet âge, on n’est pas obligé d’aller explorer les théoriciens, mais juste d’aborder les grands principes évoqués ici, c’est déjà un grand pas pour la construction de la société dans laquelle vivront nos élèves. Faut-il vraiment attendre nos 16 ou 17 ans pour être capable de les comprendre ? Pourquoi ne pas inclure un éveil plus tôt dans la scolarité ? Et pourquoi ne pas présenter à nos élèves la philosophie comme un espace de liberté, plutôt qu’un espace de contrainte, de rédaction normée ?

***

Image en Une : Mike Gorrell

Source des images : Thought CatalogKelly MillerSimson Petrol

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *