C’est l’été ! As-tu tes cahiers de vacances ?

Ils fleurissent dans les supermarchés, les librairies. C’est la saison. Les romans pour adultes qui cherchent un peu d’évasion pendant les vacances, pour se changer les idées après de longs mois de travail. Ces livres colorés, sur des présentoirs tout aussi joyeux qui annoncent des promotions (pour deux livres achetés, un sac de plage offert !), s’harmonisent vraiment bien avec les chaussures de plage, les barbecues, serviettes et autres ballons multicolores qui promettent des vacances joyeuses et riantes. Et puis pas loin, dans le même rayon, ils sont là : les cahiers de vacances.

Classés par âge visé, niveau scolaire, discipline. Sur la couverture, des dessins d’enfants heureux et bronzés qui travaillent sous un grand soleil, la mer en fond de toile. À l’intérieur aussi, il y a un effort de fait avec des dessins thématiques. Parfois, la couverture occulte complètement l’objectif du cahier : on y voit des jeunes qui jouent au volleyball sur la plage, et nulle part de référence à l’école ou au travail. Faudrait pas leur faire peur.

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Perdus face au choix ? On trouve sur internet des comparatifs, des avis, des retours d’expérience. Papier ou numérique. Une édition plutôt qu’une autre. Très ludique ou très formel. À thème ou pas. Il y en a pour tous les goûts, toutes les envies, tous les projets. Sur ces comparatifs, les parents donnent leur avis basés sur ce qui leur semble adéquat ou non, sur ce qu’ils ont aimé ou moins aimé. Peu d’avis de leurs enfants, mais de toute façon, j’en viens à me demander si les enfants ont un grand rôle dans l’histoire. Je vous l’avais annoncé dans le bilan de la saison, je voulais me pencher sur le sujet. Je me suis beaucoup promenée sur des forums de parents, des groupes Facebook… et ce que j’y ai trouvé m’a interrogée encore plus.

Qui est concerné par les cahiers de vacances ?

La réponse semble évidente : les enfants bien entendu ! Ce sont eux qui vont les remplir, eux qui vont, parfois, les choisir. Guidés par leurs parents, certes, mais quand même. Mais qui donne l’impulsion, généralement, pour l’achat du cahier de vacances ? Et oui : les parents.

Alors juste pour mettre un point au clair avant de continuer : oui, je sais, certains enfants réclament le cahier de vacances. Ou en tout cas, ils adorent le remplir. Si les enfants ont une envie irrépressible de faire des mathématiques pendant leurs vacances, qu’ils en fassent. On n’est pas là pour brimer les envies des enfants, hein.

Donc, les parents. Souvent, d’après les témoignages relevés sur internet, les motivations pour cet achat sont de plusieurs ordres et en tête, dans les discussions avec les parents, vient ce trio :

– on veut sécuriser les apprentissages scolaires

– on ne veut pas perdre les habitudes de travail acquises pendant l’année

– il faut bien préparer l’entrée dans la classe suivante​

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Le cahier de vacances, c’est donc un moyen de se rassurer sur la rétention des apprentissages de nos enfants. Mais ça rassure qui, au final ? Encore une fois, les parents. C’est une réponse à une inquiétude parentale et non à une inquiétude des enfants. Les enfants, eux, ont rarement (jamais ?) cette inquiétude d’oublier ce qu’ils ont appris pendant l’année.

Sécuriser les apprentissages scolaires

Vouloir s’assurer que ce qui a été appris pendant l’année ne s’envole pas du cerveau des enfants pendant les deux mois d’été, c’est se baser sur un principe qui par ailleurs peut être très vrai. Les neurosciences nous le prouvent : ce que notre cerveau n’utilise pas, il le supprime. Toutefois, cette loi cérébrale est soumise à la qualité des liens mnésiques d’une part, et à l’utilisation des connaissances d’autre part.

Je m’explique. Si j’ai compris ce que j’ai appris, et que je l’ai utilisé à plusieurs reprises dans des contextes différents, que cela m’a été utile et que j’y ai associé plusieurs contextes et émotions, alors les liens qui ont permis à l’information d’être dans ma mémoire sont forts. Ils ne vont donc pas disparaître en deux mois. Par ailleurs, si ce que j’ai appris a été vraiment pertinent et que je peux le réutiliser souvent, ces liens se renforceront encore.

Autrement dit, je me souviens aujourd’hui du théorème de Pythagore. Je ne l’ai pourtant pas utilisé depuis presque 20 ans (aouch !). Toutefois, je m’en souviens parce que je l’ai utilisé à de nombreuses reprises, sur beaucoup d’exercices, qu’il m’a été expliqué grâce à de nombreuses références sur qui était Pythagore et que j’y ai associé beaucoup d’émotions positives. De l’intérêt, de la fierté de réussir à l’utiliser. Donc, il a été fortement « ancré » dans ma mémoire, au point d’y être toujours.

Autre exemple : le jour où j’ai appris les additions. Je ne suis pas sûre d’avoir adoré les apprendre, et pourtant, j’en ai très bien mémorisé le principe. Il y a fort à parier que, l’année où je les ai apprises, j’ai continué à les utiliser pendant l’été. Pour, par exemple, calculer le coût du panier d’épicerie au camping. Jouer à un jeu de société. Partager les pommes de terre à parts égales entre mon frère et moi. Utilisées à plusieurs reprises dans plusieurs contextes, terriblement utiles, je ne les ai pas oubliées. L’école a amorcé un apprentissage que j’ai consolidé en dehors. Sans cahiers de vacances.

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Maintenir les habitudes de travail

Imaginez : après des mois de travail, vous avez mérité vos trois semaines estivales loin des graphiques, des rapports, des réunions, des présentations. Vous partez en vacances. Mais pour ne pas perdre le rythme, vous vous obligez chaque matin à présenter à votre famille, lors d’une réunion que vous animez, les conclusions d’un mini-rapport que vous avez rédigé au lever. Pas trop long, parce que quand même, c’est les vacances. Juste de quoi ne pas perdre la main.

Autre exemple : vous travaillez dans un contexte où vous devez faire un geste répétitif qui vous fait mal au dos. Pendant vos vacances, tous les matins, vous vous obligez à vingt minutes de ce geste pour ne pas en perdre l’habitude.

Ces situations vous semblent absurdes ? Elles sont pourtant basées sur le même principe que de faire remplir des cahiers de vacances aux enfants pour qu’ils ne perdent pas leurs habitudes de travail. Vous pourriez me rétorquer que dans le cas d’un adulte on se parle de trois semaines. Nos enfants, eux, partent pendant deux mois de l’école. Oui, peut-être que ce sera un peu difficile à la rentrée de se remettre dans le rythme, mais ils prendront quelques jours pour le faire. Ce n’est pas grave. En attendant, ils auront déconnecté et se seront fait du bien.

Préparer l’entrée dans la classe suivante

Dernier gros argument en faveur des cahiers de vacances : il ne faudrait pas arriver en septembre avec quelques lacunes. Et là, c’est aussi une question plus philosophique qui se pose : celle de l’uniformisation. Ces cahiers sont organisés selon un principe de niveau scolaire. On considère donc que si tu as 12 ans, ou en tout cas que tu es en telle classe, tu dois connaître telle, telle et telle chose. Comme le voisin.

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C’est organisé, donc, selon les programmes scolaires. C’est vrai, selon le niveau d’avancement de l’enfant dans l’acquisition de ces connaissances, il peut ne pas faire certains exercices. Voire, sauter des chapitres entiers. Mais cela n’empêche pas que nos cahiers de vacances introduisent au sein même des vacances, l’idée de la norme. Celle à laquelle nos enfants doivent déjà se conformer toute l’année. Et on l’inculque tôt : j’ai trouvé un blog où la maman explique utiliser ces cahiers de vacances depuis que son aînée a… deux ans. Deux ans ! À un âge donc, où cette petite fille n’a pas encore effectué sa première rentrée scolaire. Ça m’a mise, honnêtement, un peu mal à l’aise. Comme si cette petite fille se trouvait déjà à devoir performer.

La question de l’apprentissage, encore

Je ne referai pas un laïus sur la façon dont on apprend. Mais ce qui se cache derrière les cahiers de vacances, c’est aussi et surtout l’idée qu’on n’apprend que selon un programme et en faisant des exercices scolaires. Ou en tout cas, que ce ne sont que ces apprentissages-là qui comptent vraiment, en bout de ligne. Peut-être alors que c’est notre vision de l’apprentissage que l’on devrait repenser. Pour reprendre mon exemple d’addition, mes habiletés à additionner sont-elles moins « valables » parce que je les ai perfectionnées à la caisse d’une épicerie de camping que si je les avais travaillées sur des cahiers ? Faut-il nécessairement en passer par des exercices hiérarchisés selon leur niveau de difficulté ? Doit-on, d’ailleurs, se soumettre à cette hiérarchie ?

Par ailleurs, toujours selon les neurosciences, faire des pauses est nécessaire. Parce que pendant ce temps-là, le cerveau réélabore ce qu’on a appris, fait des liens, ancre en mémoire. Ne pas lui laisser ce temps-là, c’est fragiliser l’apprentissage. Même si ça peut sembler paradoxal. C’est d’ailleurs exactement le même principe que lorsque l’on « dort sur un problème ». On y pense, on le triture dans tous les sens, et on finit par lâcher prise et à dormir. Et il arrive que le lendemain, au réveil, la solution nous apparaissent. Prendre des vacances, ne pas travailler de façon formelle pendant quelques semaines, c’est le même principe. C’est important.

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Qu’est-ce que tu fais pour les vacances ?

J’ai quand même eu envie, en lisant ces pages internet, ces forums, ces réflexions de parents, de nuancer mon propos. Parce qu’effectivement, il y a des enfants qui adorent faire des exercices. Et après tout, pourquoi pas ? Là où les cahiers de vacances m’apparaissent plus problématiques, c’est quand on en fait une obligation. Pire, quand ils deviennent un but à atteindre, une performance, ou une pression qui rappelle toute l’année celle de l’école. Quand on veut normer. Quand on veut s’assurer de maintenir l’enfant dans un système duquel il a pourtant le droit de s’extraire pendant quelques temps.

J’ai également beaucoup vu, sur ces pages, des inquiétudes passer quant au rôle des parents dans l’accompagnement des cahiers de vacances. Quand on a l’occasion de passer quelques temps en famille, et qu’on utilise une partie de ce temps, même 30 minutes dans la journée, à endosser un rôle d’enseignant qui contraint à réaliser des exercices plutôt qu’un rôle de parent, la relation s’en trouve impactée pendant ce court temps qu’on a à passer ensemble. Je ne suis pas une spécialiste de la parentalité. Je ne m’embarquerai pas trop dans ce sujet. Mais c’est une piste de réflexion à considérer. Bref, plutôt que de vous asseoir devant un cahier qui vous propose des exercices d’orthographe, pensez à écrire une carte pour les grands parents, ensemble. Le résultat sera probablement le même, et vous aurez passé un beau moment.

Belles vacances !

***

Image en une : Tu Trinh

Source des images : takahiro taguchiEduardo OlszewskiKatie Moum, ian dooleyVicko Mozara

2 réponses sur “C’est l’été ! As-tu tes cahiers de vacances ?”

  1. Bonjour moi je suis tt à fait d accord
    Je n achète pas ces cahiers car j estime que mes enfants doivent faire une pause comme nous adultes, les laisser souffler après 10mois d’école….
    La reprise se passe généralement bien
    Il m est arrivé une fois d en acheter car elles me l avaient demandé, ma grande a paniqué à l idée q le niveau demandé étaient selon elle plus haut q ces compétences… Trop de pression sur ces épaules.
    Laissons les profiter du dehors, du soleil, de la nature… Ils y découvrent tellement plus que ds les manuels….

    1. Et oui ! Parfois (souvent ?) on apprend tout autant dans des types d’apprentissage complètement informels que dans des cadres très formels… Les cahiers de vacances ont peut-être cette tendance à ramener de la formalité, de l’institutionnel, presque, là où ce n’est pas forcément nécessaire… Merci d’être passée ! 🙂

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