Quand l’été envahit les salles de classe

Ces derniers jours ont été caniculaires. Le chat passe ses journées allongé devant le ventilateur, les doigts collent au clavier et le thé glacé coule à flot. Ces jours de chaleur-là, c’est comme si tout ralentissait. Tout s’alanguit, les corps se gorgent de la chaleur qui a tant fait défaut les derniers mois et les peaux se dénudent pour mieux accueillir le soleil. Les salles de classes, elles, sont vides. Silencieuses. Elles résonnent quand on y chuchote. On y sent encore la présence des écoliers, des étudiants, mais déjà elle-même se dissout au soleil.

Si vous suivez Feeducatif sur Instagram, vous avez probablement vu des photos de campus paisibles, avec promenade dans les bois et café matinal au soleil. C’est un peu un mensonge. La vérité, c’est qu’ici, le campus se remplit l’été d’adolescents hurlants venus apprendre le français, flirter à l’ombre des boisés et nourrir les marmottes. Mais le matin, généralement, c’est plus calme et j’en profite pour vous envoyer quelques petits moments de sérénité. Les étudiants, eux, sont partis profiter de leur famille ou travailler tout l’été pour payer leurs frais d’inscription en septembre. Même les professeurs ont déserté leur bureau. Seuls quelques doctorants hantent encore les lieux, à la recherche d’une table extérieure pour y déposer un instant leurs recherche.​

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L’été des écoliers

Je me souviens des étés de ma vie d’écolière. Juin arrivait, avec lui les cassettes vidéos que nous passaient nos enseignants lassés de faire cours. Certains poussaient même le concept jusqu’à nous amener quelques bonbons. Je me demande si cela se fait encore aujourd’hui. On sentait arriver ces deux mois magiques. Libres. On était prêt à mordre à pleines dents dans un été d’oisiveté (sauf pour ceux qui remplissaient des cahiers de vacances), de découverte, de jeux et de partage.

Alors oui, il fallait quitter un temps les copains, mais pour ma part le plaisir des vacances familiales valait mille fois celui de ma vie sociale scolaire compliquée. On rangeait toutes nos affaires, on ramassait nos cahiers et on vidait nos cahiers. Je me souviens de moments de nostalgie à penser qu’à mon bureau, s’assiérait bientôt un autre élève. Mais ce sentiment était vite remplacé par l’excitation, et je laissais la poussière retomber sur ma chaise sans grand regret.

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Il y avait aussi ces premiers jours de vacances, à devoir trouver un nouveau rythme, à s’adapter à ce qui allait être le quotidien pendant deux mois. La chaleur, les activités imaginées par mes parents, le camping, les rencontres. Le sentiment de la liberté n’était teinté que par, parfois, le sentiment diffus que tout cela n’était qu’éphémère. L’été, le temps n’était pas le même. Il était plus long, plus lent, et en même temps plus intense et tourbillonnant.

C’était avant…

Aujourd’hui, l’été a bien changé pour moi. J’attends avec toujours autant d’impatience cette saison de chaleur et de soleil. Je mords à pleines dents dans la première tomate. Je regarde pousser le potager avec fascination. Mais comme pour bien des doctorants à travers le monde, l’été, c’est aussi une grosse période d’agitation.

On est soudain libéré d’obligations doctorales et professionnelles. Oui, il faut travailler pour payer son doctorat, si l’on n’est pas boursier, mais l’été est surtout une période sans appels à communication, sans charge de cours, sans direction de recherche partie en vacances. Donc là, vous vous dîtes peut-être : « mais puisqu’elle ne fait plus rien, pourquoi donc a-t-elle pris trois mois (trois mois !!) de vacances de podcast ? » C’est que cela ne fait pas de l’été une période oisive, croyez-moi ! Avancer la thèse, faire naître quelques projets, travailler à droite et à gauche, le programme est très chargé. Tant et si bien qu’à l’approche de cette période, les magazines spécialisés nous donnent des conseils pour optimiser cette période.

PhD Comics a bien résumé l’état d’esprit estival du doctorant !

Mais je reste pleine de nostalgie de l’été.

C’est une nostalgie douce, colorée, sucrée, chaude de soleil. Il est bien loin, le temps où je délaissais les salles de classe, heureuse du programme qui s’annonçait. J’imagine que comme moi, de nombreux adultes qui travaillent en période estivale se remémorent ce temps d’insouciance avec nostalgie. Mais aujourd’hui encore, si je ferme les yeux, je sens tout près cette odeur caractéristique des bureaux de bois chauffés par le soleil, j’entends le bruit de la trousse qu’on ferme et qu’on range pour la dernière fois, je sens l’excitation de l’attente la dernière cloche de l’année, celle qui annonce vraiment la fin. Et je me sens comme cette enfant, prête à aller profiter de tout son cœur des vacances.

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Image en Une : Feliphe Schiarolli

Source des images : Paul Bergmeir,  Cel LisboaJordan Sanchez

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