Introversion, différenciation, réflexion et autres mots en -ion

J’ai découvert un trait de caractère récemment : l’introversion. Entendons-nous bien : je savais que ça existait. C’est juste que j’ai découvert que ce n’était pas ce que je croyais.

Je pensais que quelqu’un d’introverti était quelqu’un de timide. L’image que j’avais en tête lorsque je pensais introversion était celle d’un petit être mal dans sa peau, qui bafouillait quand il fallait parler à des gens, qui voulait se fondre dans la tapisserie autant que possible et qui n’aimait pas beaucoup les gens. J’avais tort. Tant pis pour mes stéréotypes. 

L’introversion, c’est quoi ?

L’introversion est un trait de caractère. À ce titre, je ne suis pas sûre que ça puisse fondamentalement changer. Je ne sais pas, ça pourrait être soumis à débat. Mais en tout cas, ce qu’il ressort de mes petites recherches, c’est que quelqu’un d’introverti est complexe et profond. Il aime la compagnie des gens, adore échanger, mais a besoin de se retrouver seul régulièrement. La solitude l’apaise, lui permet de conserver son énergie. Il aime passer du temps avec quelques personnes proches, mais est très mal à l’aise dans les grands groupes. Il a de la difficulté avec les grandes fêtes, qui ont tendance à aspirer son énergie. C’est aussi quelqu’un qui est sans arrêt en monologue avec lui-même. Il questionne, il creuse les sujets qu’il aborde. Il aura de la difficulté avec le small talk, préférera grandement les débats philosophiques, d’éthique, ceux qui portent sur des valeurs.

Autrement dit, notre introverti recherche des relations profondes autant aux autres qu’aux idées, et rien ne vaut pour lui une soirée tranquille chez lui avec un livre, un chocolat chaud et son chat. Installez quelqu’un d’introverti dans un environnement bruyant, où les relations sont basées sur ce qui est communément admis comme des distractions agréables (par exemple, ce genre d’endroits où l’on papillonne d’un groupe à l’autre pour y échanger quelques mots, mettons, un gros vernissage ou un club de vacances) et il deviendra irritable, très fatigué, et avec l’envie profonde et irrésistible de partir en courant.

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​C’est une définition bien courte de ce qu’est l’introversion, mais vous trouverez plus d’informations sur ces articles (ici et ici) ainsi que sur ce Ted Talk, passionnant, qui rendent la définition accessible, si la lecture des études originales ne vous tente pas.

L’introversion et moi, une longue histoire…

Vous vous demandez probablement pourquoi je vous parle d’introversion ici. Vous pensiez qu’on parlait d’éducation et de formation. J’y viens.

Je ne sais plus comment je suis tombée sur ces articles concernant ce trait de caractère. Ce que je sais en revanche, c’est que je me suis immédiatement reconnue.

Je suis cette fille qui fuit les soirées bruyantes. Que rien n’enchante moins que l’idée d’être invitée à un anniversaire où trente autres personnes sont attendues. Aucun problème à enseigner dans un amphithéâtre, mais je suis moins à l’aise en voyant la file d’étudiants qui vient me poser des questions à la fin du cours. Pas de difficulté non plus à présenter une conférence dans un colloque, mais cherchez-moi à la pause café, et vous me trouverez seule, dans un coin, silencieuse, mal à l’aise au milieu de tous ces inconnus. Dans un groupe de travail imposé, où je ne connais pas les autres, je me tiens un moment en retrait, et m’ennuie ferme quand la conversation dévie sur des sujets quotidiens, sans profondeur, auxquels je préfère toujours une discussion de fond.

Je me suis longtemps interrogée sur cette façon d’être que je n’ai jamais réussi à contrarier. J’ai souvent eu la sensation d’être bizarre. En décalage. Incapable d’apprécier ce que d’autres autour de moi semblent adorer. Coupable de refuser une invitation.

Et tout à coup, j’ai découvert que c’était un trait de caractère partagé par de nombreuses autres personnes. Nous sommes nombreux, semble-t-il, à être introvertis. Ouf. Finalement, je ne suis pas si étrange.

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Revisiter son parcours scolaire

En découvrant l’introversion et sa définition, j’ai commencé à chercher des exemples, dans ma vie, de situations où j’avais été en difficulté. Pour être honnête, j’en ai trouvé beaucoup. Des situations sociales, majoritairement. Des soirées, des anniversaires. Ou des téléphones qui sonnent. Des gens qui débarquent à l’improviste.

Et puis il y a eu mon parcours scolaire (vous voyez bien qu’on y vient !). Le fait de me trouver dans un groupe imposé, de devoir travailler à plusieurs, a longtemps été un calvaire pour moi. Dans la cour de récréation, j’avais peu de camarades. Un ou deux, tout au plus. Peut-être trois, les années fastes. À l’adolescence, c’était un peu moins compliqué. Mais en arrivant à l’université, j’étais soulagée de pouvoir me contenter de venir, prendre mon cours et repartir. ​

En repassant dans ma tête toutes ces années, je me suis aussi souvenu de ceux qui n’avaient aucun problème avec le groupe. Qui étaient comme des poissons dans l’eau. Qui étaient « populaires ». Ceux pour qui travailler en groupe était une aubaine, un plaisir, un moyen d’apprendre adéquatement.

Une même formule pour tous ?

Ça m’a amenée à me poser la question de la différenciation. La différenciation, vous savez, ce gros concept qui dit que l’on peut enseigner à chacun différemment. C’est un gros mot dans le milieu de l’enseignement, une sorte d’idéal à atteindre mais qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on s’en approche. Parce que malgré tous les efforts des enseignants, c’est dur. Si on vous donne 30 élèves par classe, à moins d’avoir 8 bras et 3 têtes, c’est compliqué. Évidemment, on pourrait réclamer à corps et à cri une réduction du nombre d’élèves par classe, mais ça a déjà été fait de nombreuses fois. Sans succès. Alors, il faut se dépatouiller de tout ça.

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En attendant, on ne peut pas nier que tous les élèves sont différents et qu’une seule formule pédagogique ne pourrait pas convenir à tous. On en avait déjà parlé quant aux préférences d’apprentissage. Les enseignants essaient de varier autant que possible, mais encore une fois, ils ne peuvent pas toujours faire face à tout.

Connaît-on vraiment les facilités et préférences des élèves quand on en a autant ? C’est ce qui m’a frappée quand j’ai découvert ce trait de caractère qu’est l’introversion. Quand un élève déclame sans problème sa poésie, est à l’aise de poser des questions ou fait des exposés sans le moindre tremblement, il faut le connaître profondément pour savoir que le contact avec deux autres élèves pour préparer un exposé va être plus compliqué. Et cette connaissance là prend du temps, de l’écoute et de l’ouverture. Trois qualités que les enseignants, en l’état actuel des choses, ne peuvent pas toujours mettre au service de leur pédagogie.

L’introversion n’est qu’un exemple.

Et j’aurais pu en trouver bien d’autres. Des traits de caractère, des personnalités différentes et subtiles. Les élèves sont, comme tout un chacun, complexes. C’est tout à fait naturel. Mais quand je me remémore mon parcours scolaire, je ne suis pas sûre que cette complexité chez moi ait été comprise. Je ne suis qu’un exemple, bien sur, et chaque élève pourrait en dire autant. Je ne blâme personne : tout ça n’est que la résultante d’un système régi par une économie à laquelle je n’entends pas grand chose, honnêtement. Mon propos est une quête d’absolu.

Mais néanmoins, j’ai une pensée pour les enseignants qui doivent composer avec les personnalités complexes de leurs élèves. Repérer toutes ces subtilités, tous ces filigranes, ce qui ne s’explique qu’avec difficulté mais se vit avec puissance. Parce que leur donner 30 élèves par classe, ce n’est pas leur laisser une chance de comprendre ça. C’est risquer de les mettre dans une situation où ils vont devoir faire au mieux, sans avoir la possibilité de faire ce qu’on leur répète à longueur de temps : différencier.

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Cet article n’était probablement qu’un cri du cœur, une réflexion pas très organisée qui m’est venue quand j’ai découvert ce qu’était l’introversion. Et quand je me suis revue, petite fille, projetée pendant de longues années scolaires dans le rôle de celle qui pouvait sans problème fonctionner dans un groupe alors qu’au fond, j’en avais parfois mal au ventre.

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Image en Une : Jeremy Galliani

Source des images : rawpixelDavid ClarkeRicardo Gomez AngelAli Abdul Rahman

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Eh ! Pssst ! Le podcast revient la semaine prochaine ! 🙂

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