Noël et la laïcité à l’école

Cette semaine, alors qu’on approche de Noël tranquillement, en allant chercher un café dans une cafétéria à l’université, je suis tombée sur un sapin. Un beau sapin, tout en rouge et or, les couleurs locales. Et puis elle m’a attiré l’œil, tout en haut du sapin, scintillant de toute sa force dans la lumière. L’étoile.

Je vais vous situer un peu le contexte de l’université dans laquelle j’étudie/travaille/vis/enseigne/mange/dors : près de 50 000 étudiants, autour de 10 000 membres du personnel, soit plus ou moins 60 000 personnes qui se croisent tous les jours. Parmi eux, environ 5 000 étudiants internationaux. Une grosse diversité culturelle. Un français parlé avec tous les accents du monde. Des associations culturelles du monde entier. Une chapelle. Une mosquée. Bref, un gros brassage culturel. Et pourtant, une étoile en haut du sapin.

noël-fêtes-laïcité-école-religion

Noël, l’étoile, le sapin, et la religion

Pour moi, s’il est un symbole religieux à Noël, c’est l’étoile. Alors oui, il y a aussi la crèche et tout et tout, mais l’étoile apparaît partout. Dans les décorations des villes, en haut des sapins donc, partout. Si vous ne le savez pas, voici ce qu’elle symbolise : quand Jésus est né dans une étable au milieu de nulle part, c’est l’étoile qui a annoncé sa naissance au monde et qui a guidé vers lui. Symboliquement, l’étoile est donc annonciatrice de l’arrivée de la lumière de Noël, personnifiée dans Jésus. Vous me suivez ?

Bref, l’étoile c’est religieux à fond. Plus que le sapin en tant que tel, bien qu’on ait choisi un arbre toujours vert, symbole de la vie. Lui, apparemment, il a des origines tout à fait païenne (en tout cas, c’est ce que dit Canal Vie). Même si on s’entend que bon, c’est le sapin DE NOËL hein, donc dur à dissocier de la religion. Mais quand même. De toute façon, dissocier Noël de la religion, à la base, ça reste un peu compliqué (oui je sais, on peut dire que Noël est la fête du partage et de l’amour et tout et tout. Mais quand même, son origine est religieuse, qu’on le veuille ou non.)

Bref, c’est pour ça que depuis quelques années, les écoles, mairies et autres lieux publics, hésitent à faire un sapin de Noël, et en tout cas, quand ils en font un, ils évitent de mettre une étoile en haut. La laïcité.

Le temps des fêtes québécois

Il faut savoir qu’au Québec, la religion est encore moins répandue qu’en France. Elle a fait l’objet d’une grosse remise en question dans les années 60-70, et depuis, c’est le rejet massif. Alors, je me suis vraiment posé la question de ce que fichait là ce sapin avec son étoile, d’autant plus dans un milieu très pluriculturel où un nombre important d’étudiants ne fête pas Noël. Il faut savoir aussi que malgré ce rejet catégorique, les québécois décorent beaucoup pour Noël. Dès l’Halloween passée, hop, les décorations orange et noires laissent place aux rouges, vertes et dorées de Noël. Les chants retentissent de partout. La tradition veut aussi que chaque entreprise organise un « party de Noël », un événement auquel chaque employé est invité. N’essayez même pas de vous y prendre au dernier moment : à partir de la mi-novembre, les restaurants affichent complet pour ces fameux partys (prononcez « parté »).

noël-fêtes-laïcité-école-religion

Toutefois, personne n’a l’air de se poser la question de la légitimité de l’étoile. Elle est là parce que c’est un symbole de Noël, qu’il y a quelques personnes pour qui elle veut dire quelque chose et qu’elle fait partie du « pack » Noël. Voilà. On a renommé cette période « le temps des fêtes » pour ne pas dire que c’est la période de Noël et ainsi rendre le vocabulaire plus inclusif, mais reste que ça vient un peu de Noël. Fin de la discussion.

Ce que je trouve fascinant là-dedans, c’est que le Québec semble avoir réussi un tour de force : adapter Noël aux envies de chacun ; ne pas nier les origines religieuses de la fête ; et ne pas oublier que tout le monde n’a pas Noël dans sa culture. Et si c’était ça, la laïcité ?

Laïcité ?

Peut-être que l’espèce de tiraillement ressenti par certaines institutions, comme évoqué plus haut, vient d’une sorte de flou dans l’emploi du terme laïcité. Avec les histoires de signes religieux ostentatoires qu’il a fallu enlever, on est un peu perdu. La religion ne doit plus apparaître du tout. Mais en même temps, on continue à l’usage (même si les textes officiels ont été modifiés) à parler de vacances de Noël et de Pâques. Je ne sais pas si c’est toujours le cas, mais je me souviens qu’à la cantine, pour moi, c’était poisson tous les vendredis. Et puis les villes se décorent pour Noël. On oscille donc entre une volonté farouche de ne rien laisser paraître, et une tradition, qu’on le veuille ou non, basée sur une histoire religieuse forte.

Alors je me suis penchée un peu plus en profondeur sur ce qu’est la laïcité. D’après Google, laïcité = principe de séparation de la vie civile et religieuse. D’après le Larousse, la laïcité est ce qui exclut l’Église de tout pouvoir politique ou administratif, en particulier en ce qui concerne l’enseignement.

Toutefois, le Ministère de l’Éducation Nationale français explique quand même, sur son site internet, que la laïcité garantit la liberté de croire ou de ne pas croire, faisant de la foi une affaire privée. Mais chacun a droit à la libre expression de ses convictions, à l’exception du personnel enseignant qui se doit de garder une réserve. Bref, on comprend le flou : on peut exprimer mais pas montrer, on ne doit pas exclure les différentes religions de l’enseignement mais on ne doit pas en mettre une en avant, alors que dès qu’on sort de l’établissement toute la ville est décorée de lumières de Noël. Pas simple.

noël-fêtes-laïcité-école-religion

Peut-être un problème plus profond

Peut-être que tout ça ne fait que reposer sur une peur irrationnelle, celle du changement. En discutant avec des parents ou des acteurs du système éducatif, cette remarque est revenue souvent (hélas) : ils viennent chez nous, ils s’adaptent à nos traditions. Sous-entendu : si tu as une religion autre dans « mon » pays chrétien, tu ne dois pas essayer de faire de ta religion quelque chose qui dérange la façon dont ce pays fonctionne. Sauf que ce raisonnement se heurte à quelques principes :

  • premièrement, le fait que les études sur l’immigration montrent que ça ne se passe pas du tout comme ça, en vrai.
  • deuxièmement, ça part du postulat que ceux qui ont une autre religion viennent d’ailleurs. C’était peut-être vrai il y a longtemps, mais aujourd’hui, plus du tout. Il y a pleiiiin de français d’autres religions.
  • troisièmement, la foi est en déclin au sein des populations de toute façon, et on n’a gardé de la religion que des rituels, comme Noël, qu’on a dépouillé de leur signification originale.

Bref, ça ne tient pas. Par ailleurs, dans un monde en mutation, ne serait-ce pas le rôle de nos écoles que de permettre à tous de comprendre ce que vit le voisin ? Ne serait-ce pas la base de l’empathie ? N’est-il pas important de préparer nos enfants au monde dans lequel ils grandissent et vieilliront ?

Repenser nos définitions de la laïcité

Peut-être qu’il serait temps de se requestionner sur ce qu’on met derrière ce mot laïcité. Si l’application de ses principes sont dictés par la peur, ça ne peut pas fonctionner. S’ils sont guidés par l’amour et l’ouverture, par contre… Personne ne va convertir qui que ce soit. Ce n’est même pas le débat. D’ailleurs, à ce titre, je trouve le devoir de réserve des enseignants intéressant. Mais renier nos traditions, l’histoire sur laquelle notre pays s’est construit, notre culture à nous, on se rend bien compte que c’est difficile. On oscille. On vacille.

J’ai beaucoup aimé cette idée du vocabulaire québécois : le temps des fêtes. Pour les chrétiens, ça englobe Noël et le nouvel an. Pour les non-chrétiens, c’est le nouvel an, tout en permettant d’accéder à un peu de la culture chrétienne pour comprendre comment s’est bâtie la société dans laquelle ils vivent. Chacun voit midi à sa porte. Pour les athées, c’est l’occasion de choisir quelle tradition on garde… et ce qu’on ne garde pas. Et c’est OK pour tout le monde.

noël-fêtes-laïcité-école-religion

L’avantage de cette expression à mon sens, c’est que cela ne cache rien et correspond à une réalité. C’est Noël pour une partie de la population. Mais cela n’oblige à rien non plus. Ça ouvre la discussion. Et cela respecte très exactement les principes de la laïcité tels que définis par la France. On ne nie pas, on permet l’expression d’une foi pour ceux qui le souhaitent, sans offenser personne. Du respect. De l’ouverture. De la douceur, un peu.

La laïcité, c’est un beau principe

Et c’est probablement très chouette que l’Église et l’État soient séparés, parce que ça ne correspond plus du tout à la réalité des croyances des populations. Peut-être qu’à l’avenir, on soulignera dans les établissements scolaires, différentes traditions culturelles ou religieuses des élèves. On le fera pour comprendre. Pour partager. Et ce sera tout autant de la laïcité, je crois : multiplier les échanges plutôt que nier les pratiques, c’est un beau programme, non ?

noël-fêtes-laïcité-école-religion

Et vous, quelle est votre vision de la laïcité ? Êtes-vous d’accord avec celle-ci ?

***

Image en Une : Photo by Joanna Kosinska on Unsplash

Source des images : freestocks.orgDenise JohnsonAnnie Spratt,  NordWood Themesrawpixel 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *