Ce que j’ai appris en étudiant à l’étranger

À chaque année, le mois de janvier revient et je me demande pourquoi diable j’ai fait ce choix. Partir à l’étranger, certes, mais pourquoi dans un pays où il fait si froid ? Ou tout est monochrome pendant des mois ? L’expatriation apporte son lot de surprises, et l’hiver en est une. Impossible de savoir ce que c’est qu’un froid québécois avant de l’avoir vécu. Il réussit l’exploit d’être à la fois insupportable et pas si pire. Ce qui est amusant, c’est que c’est généralement la première question qu’on me pose quand je passe quelques temps en France pour les vacances : et alors, le froid, c’est comment ? Comme si mon expérience de presque sept ans au Québec se résumait à ça. Alors oui, il fait froid au Québec en hiver, on ne va pas se mentir. Un froid qui fait geler les poils de nez, qui oblige à se couvrir beaucoup. Qui fait pelleter le matin ceux qui ont une voiture. Mais on en oublierait presque qu’en vrai, si je suis venue ici, c’est pour étudier. Depuis bientôt sept ans, je me lève le matin non pas pour (seulement) braver la neige, mais bel et bien pour me rendre à l’université.

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Cette expérience est unique et, je suis sûre que ceux qui ont eu l’occasion de la vivre ne me contrediront pas, incroyablement enrichissante. Si l’université québécoise est ma quatrième université (je suis une étudiante au long cours…), c’est sûrement elle qui a le plus bousculé mes idées préconçues. Avouez que lorsqu’on consacre sa vie à travailler sur l’apprentissage, c’est une bonne chose que de se confronter à la différence ! Je vous ai donc listé ici cinq choses que j’ai appris en étudiant à l’étranger.

1. Il n’y a pas qu’une seule façon de faire

Après 9 ans d’université, j’étais un peu rodée à l’exercice. L’université commençait à ne plus trop avoir de secrets pour moi, dans ses relations avec les enseignants, dans les enseignements qu’elle apportait, la forme que le tout prenait. L’année pour moi était découpée selon un rythme précis, LE rythme universitaire. Et puis, je suis arrivée dans une université qui n’avait de commun avec ce que je connaissais que le nom. Les rites sont différents. Les pratiques sont différentes. Même l’organisation physique du campus est différente de ce que je connaissais. Si vous êtes sur Instagram, vous avez probablement aperçu des bouts de campus ici et là. C’est grand. Et ça change tout. Parce que l’Université devient, de par les échanges que le campus permet, un lieu de vie. Épicerie, pub, radio et journaux, cours de sport, l’université devient un lieu d’échange. Les relations interpersonnelles s’en trouvent modifiées. Le rythme est différent aussi. Quatre cours, c’est déjà une grosse charge de travail. Les cours sont plus long. Ils peuvent être plus tard. Ils peuvent être en ligne. Les étudiants peuvent avoir 20 ans ou 60 ans : il n’y a pas d’âge pour apprendre.

Ce que ces différences m’ont appris, c’est que finalement, il n’y a pas qu’une façon de faire. Et surtout, pas une façon de faire qui vaille mieux que les autres. Qu’on n’en est pas moins un établissement de qualité parce qu’on propose un bar avec dégustation de whisky. Ça a secoué mes a-prioris, ce que je tenais pour acquis. C’est une vraie leçon de vie. Parce que si ça s’applique à l’université, ça s’applique à une foule d’autres choses, non ? 🙂

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2. Un CV avec beaucoup de diplômes peut être intéressant aussi

Quand j’ai commencé à parler de faire un doctorat, les réflexions plus ou moins déguisées ont surgi. C’est un truc de paresseux qui ne veulent pas aller travailler. Ça ne sert à rien. On ne trouve pas de travail avec ça. Cette question de la sur-diplomation est probablement ce qui me travaillait le plus. Que l’on pense que je ne fais rien à la journée longue, admettons. Certains stéréotypes ont la vie dure. Mais que ça ne soit jamais reconnu, ça, ça m’inquiétait. Alors quoi, on se forme pendant des années, et tout le monde s’en fout ?

Et puis en partant à l’étranger, j’ai découvert une nouvelle façon d’envisager la chose. Faire un doctorat, ce n’était plus seulement se farcir la tête de connaissance. C’était aussi acquérir des compétences par dizaines. Rédiger, synthétiser, enseigner, mener des réunions d’équipe, gérer un projet dans le temps, démarcher des organismes, se vendre, collecter des informations, gérer un budget serré, communiquer. De grosses compétences dans la recherche d’emploi, aussi. Autant de compétences acquises pendant ce long parcours. Et ça, je n’étais pas habituée à l’entendre. (J’envoie une pensée à mes collègues doctorant·es en France, qui développent ces compétences dans la plus grande discrétion.) Depuis l’étranger, j’ai refait mon CV. J’y ai inclus ces compétences et je me vends maintenant comme un couteau suisse. Moi aussi, comme ceux qui n’ont pas ou peu de diplômes, je peux avoir des compétences pratiques.

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3. Ça demande de la ténacité et de la persévérance

Longtemps, j’avoue que j’ai idéalisé ces séjours à l’étranger. Le film L’Auberge Espagnole n’y est certainement pas complètement étranger. L’idée, c’était de partir quelques mois et de faire la fête, découvrir, s’amuser, rentrer avec une expérience festive et pétillante dans ses bagages. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les étudiants en échange type Erasmus, ou les étudiants en court séjour. Mais je sais que pour un programme d’étude longue durée, ce n’est pas nécessairement le cas. Plus les années s’accumulent, et plus on devient bi-culturel. On est un expatrié, avec ce que cela comporte de concessions et de difficultés. On est loin de nos proches, loin de ce que l’on connaît. Et petit à petit, cet étranger devient un peu chez nous.

La difficulté, c’est aussi que pendant que l’on s’approprie cette nouvelle culture, il faut bien mener le programme d’études à terme. Les services d’immigration s’en fichent de savoir si tu as de la difficulté à t’intégrer ou le vague à l’âme. Tu dois avancer et finir ton programme d’étude, ou retourner d’où tu viens sans diplôme. C’est un choix sans cesse refait que de rester, de poursuivre. Cette ténacité, c’est ce qui donne à ton diplôme une valeur inestimable à tes yeux. Pour lui, tu as entrepris un cheminement qui n’était pas qu’académique, loin s’en faut. Ce diplôme, c’est la preuve que tu as mené un combat contre toi-même, contre tes peurs, contre la distance (et contre le froid, hiver après hiver, donc).

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4. Les frais d’inscription, ça change tout

Lorsque je suis arrivée au Québec, je suis tombée de haut. J’apprenais que j’allais devoir payer des frais, déjà bien plus élevés que ceux auxquels j’étais habituée, mais en plus les payer plusieurs fois par an. Bref, mon budget venait d’en prendre un sacré coup. Au début, j’ai râlé. Vraiment. Très très fort. Et puis, j’ai commencé à voir autour de moi où passait mon argent.

Des millions d’ouvrages à la bibliothèque, des équipements de pointe, des installations sportives, un campus boisé avec des chemins, des activités par dizaines. Des enseignants évalués par leurs étudiants, qui, ayant payé pour s’inscrire, attendent une formation qui corresponde vraiment à leurs besoins. L’organisation de symposiums. Des centaines d’associations étudiantes. Des services d’aide gratuits. Mes logiciels gratuits. OK. Wow.

C’est un débat épineux (que je ne trancherai pas), qui oppose deux clans : les partisans de l’instruction gratuite et accessible pour tous, et les partisans d’une éducation payante, moins accessible peut-être mais d’une qualité supérieure. Ou en tout cas, avec un accès facilité à des ressources abondantes. Entre les deux, aujourd’hui, mon cœur balance. Je rêve d’une université accessible à tous mais ayant cette qualité d’infrastructure. Ce qui est sûr, c’est qu’étudier à l’étranger et voir autre chose, m’aura permis d’aborder le débat avec plus d’éléments en main.

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5. Un prof n’est pas forcément tout puissant

En partant à l’étranger, j’ai découvert un monde étrange pour moi : les étudiants tutoyaient leurs enseignants, les appelaient parfois par leur prénom, se pointaient à leur bureau ou envoyaient des courriels d’un ton informel pour poser des questions. Un monde où tu peux contredire ton enseignant. Lui exprimer ton désaccord. Et où, surtout, c’est OK. Je généralise volontairement, mais disons que j’étais plus habituée aux cours monotones où j’écrivais pendant deux heures sous la dictée. Lorsque j’ai commencé à enseigné, j’ai adoré recevoir de mes étudiants des messages m’interpellant par mon prénom et me disait qu’il y avait un problème dans tel ou tel aspect du cours. J’ai adoré, comme étudiante, qu’on me demande dans mes cours ce que moi, je pensais. Qu’on me demande de me positionner. Qu’on m’apprenne qu’il n’y avait pas forcément UNE bonne réponse, mais des réponses individuelles plus que valables. Si je mangeais ma salade en cours, personne ne trouvait ça irrespectueux. J’ai trouvé ça tout à fait fascinant.

C’était un tout nouveau rapport à la hiérarchie. Tout à coup, l’enseignant n’étais plus forcément celui qui savait tout face à un étudiant qui absorbait le savoir. Non. Nous étions deux individus dont l’un avait pour charge de transmettre quelque chose à l’autre. Aucun pouvoir là-dedans, sinon celui de noter… et encore : une note peut se contester et se discuter. Mon rapport à l’enseignement, mais aussi à l’apprentissage, s’en est trouvé questionné, essoré, démonté et remonté dans un nouveau sens. Il m’aura fallu faire 6000 kilomètres pour avoir cette opportunité de me questionner, sur un domaine que pourtant j’étudie depuis plusieurs années.

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Alors oui, on peut penser à tout ça sans partir à l’étranger.

Bien sûr qu’on peut. Certaines personnes ont suffisamment de recul pour ce faire. Perso, ce n’était pas mon cas. J’avais tendance à questionner, mais sans argument. Sans jamais avoir vraiment testé autre chose. Et puis un jour, je suis montée dans cet avion et j’ai essayé d’autres choses. J’ai confronté ce que je croyais savoir à d’autres réalités. J’avais toujours entendu qu’étudier à l’étranger était incroyablement enrichissant, et j’avais pensé que c’était dû à la culture, au pays. Mais je n’avais pas pensé que cet enrichissement pouvait se trouver au cœur même des études, et que cela pouvait profondément remettre en cause le rapport à l’apprentissage. Mon propos n’est pas de dire qu’un système vaut mieux que l’autre : je serais bien en peine de juger, de mon petit point de vue. Au mieux, je peux exprimer ce qui semble mieux me convenir, à moi. Par contre, je peux me lancer dans une comparaison plus fine, avec des arguments et des exemples éprouvés. C’est là, je crois, la richesse de l’expérience d’étude à l’étranger, et de l’expérience d’expatriation en général.

Autrement dit, c’est difficile à résumer quand on me demande : « Alors, c’est comment le Québec ? Il fait froid ? »

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Image en Une : Photo by Aaron Burden on Unsplash

Source des Images : Aaron BurdenAdrien OlichonNathan DumlaoRich MartelloPriscilla Du PreezKai Oberhäuser, on Unsplash

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