Bref, j’ai participé à Ma thèse en 180 secondes

Ces dernières semaines/mois, je me suis lancé un défi. De taille, bien que très court. J’ai participé au concours Ma thèse en 180 secondes. On ne va pas se mentir, c’était un challenge. Déjà parce que ce concours est un exercice difficile en soi, mais également parce que concilier la préparation du concours avec la vie qui continue est d’une complication sans nom. Retour sur quelques semaines d’un travail acharné.

Ma thèse en 180 secondes, c’est quoi ?

C’est un concours, originellement australien puis adopté un peu partout, qui propose aux doctorants de présenter leurs travaux de recherche en trois minutes maximum. 180 secondes, donc, au bout desquelles un gong retentit et où tu dois absolument t’arrêter si tu ne veux pas être disqualifié. C’est donc un concours d’éloquence et de vulgarisation scientifique. Il se déroule par paliers : une finale facultaire, une finale universitaire, une finale nationale et une finale internationale. Je vais vous spoiler tout de suite : j’ai remporté la finale facultaire mais ai été éliminée à la finale universitaire. Néanmoins, c’était déjà une très belle expérience. Alors, j’avais envie de vous parler de ce que j’y avais appris.

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Pourquoi j’ai participé ?

Parce que je fais partie de ces gens qui ont une sorte de blanc dans la tête quand, au milieu d’une soirée (et généralement après deux verres de vin), quelqu’un tout juste rencontré s’enquiert du sujet de LA thèse. Celle qui hante tes jours et tes nuits. Celle qui conditionne ton revenu, ton permis de séjour, ta future carrière, ta vie de famille. Elle est tout le temps là. Tu y penses tout le temps. Mais quand vient le moment de la résumer de façon intelligible à quelqu’un qui ne connaît pas du tout ton domaine, tu sèches.

Tu sèches parce que tu passes ta vie dans des concepts scientifiques pas si facilement vulgarisables.

Tu sèches parce que tu as envie de parler de ce que tu fais, mais que tu as peur d’ennuyer l’interlocuteur.

Mais aussi, tu sèches parce que tu voudrais dire tellement de choses qui te passionnent, mais que tu sais qu’il va falloir faire un choix sans quoi tu vas perdre la personne en face de toi. Et que faire ce choix, pour un passionné, c’est dur. Qu’est-ce qui est important ? Ou qu’est-ce que je n’ai pas besoin de dire ?

Bref, je me suis dit que m’obliger à résumer et vulgariser mes recherches, c’était rigolo. Et que c’était un beau défi.

Sauf que…

J’ai redécouvert le par cœur.

Parce qu’on va être clair : tu ne peux pas improviser, au risque de te perdre. Ces 180 secondes de monologue, tu dois les connaître par cœur. Alors, j’ai écrit consciencieusement mon texte, et je me suis mise à essayer de l’apprendre. Essayer. Je suis aux études graduées depuis de nombreuses années, alors ça fait belle lurette que je n’ai rien appris par cœur. Et c’est vraiment, vraiment difficile.

J’ai eu une grosse pensée pour ceux et celles qui veulent toujours apprendre par cœur pour « être sûr·e ». Cette expérience m’a appris deux choses :

  • apprendre par cœur est un exercice contraignant et douloureux.
  • apprendre par cœur est un exercice terriblement anxiogène.

Parce que oui, c’est terrorisant et ce n’est pas une situation sécurisante du tout. Imagine que sous le coup du stress, tu ne saches plus le texte. Que tu aies un blanc. Le problème, c’est que si tu n’as pas une compréhension profonde sur laquelle t’appuyer, ce par cœur ne te sert à rien. Si tu as compris, tu pourras toujours retomber sur tes pattes (sauf peut-être, dans cet exercice de ma thèse en 180 secondes, faute de temps), mais à l’inverse, si tu as juste mémorisé une suite de mot, tu vas être en difficulté quand tu vas te retrouver avec un blanc de mémoire.

Et croyez-moi, j’ai travaillé suffisamment longtemps dans le théâtre pour savoir que les trous de mémoire, ça arrive.

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J’ai découvert aussi le défi du lien science-société.

Je fais partie de ces chercheur·e·s qui pensent que la science ne sert pas à grand chose si elle n’est pas au service de la société. J’aime à croire qu’il faut travailler main dans la main pour construire le monde de demain. Les chercheurs ont les méthodes d’innovations scientifiques. Les citoyen·ne·s ont l’expérience du terrain. Ça se complète et s’enrichit. Ça ne peut pas être l’un sans l’autre.

Sauf que le défi qui se pose, c’est la transmission. Comment faire que ce que nous découvrons, créons, étudions dans les universités soit intelligible pour quelqu’un qui n’est pas dans ce même contexte ?

Lors de la finale universitaire, je me suis retrouvée face à huit autres candidat·e·s, venant de facultés différentes. Autant dire que je suis particulièrement profane en matière de bactéries. Pourtant, lorsque la candidate en biologie a expliqué ce sur quoi elle travaillait, grâce à son énorme travail de vulgarisation, j’ai compris grosso modo de quoi il s’agissait. Et j’en ai compris la pertinence.

C’est fondamental, ce lien. C’est comme ça que l’on avance tous ensemble. Et pourtant, lorsqu’il s’est agi de vulgariser ma thèse, je me suis rendu compte d’à quel point on n’est pas formé à cet exercice particulier de la transmission et du travail en collaboration avec la société. Définitivement, ce serait quelque chose à faire.

Ça m’a fait penser à mon domaine, celui de l’éducation.

Parce que si il y a quelque chose que je déplore, c’est cette fracture qui existe entre les chercheurs, les enseignants, les parents d’élèves et les élèves. Chacun regarde l’autre avec une moue dubitative. « Que sauraient des chercheurs qui restent dans leur bureau de la réalité du terrain ? », disent les uns. À quoi les autres répondent : « les enseignants ne prennent pas de recul sur leur pratique, alors que la recherche leur propose des pistes ». Les parents d’élèves, eux, se demandent quelle est leur place, eux qui connaissent mieux que tous les autres leurs propres enfants. Et les élèves, dans tout ça ?

Me semble pourtant qu’on travaille tous pour la même chose. On pourrait peut-être se rencontrer un peu plus.

Certains organismes font cela très bien. C’est par exemple, le rôle du CTREQ. Mais j’ai réalisé à quel point leur mission est lourde, quand les chercheurs ne sont pas formés dans ce sens.

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Bref, j’ai participé à Ma thèse en 180 secondes.

Et j’ai adoré cette expérience. Je ne saurais que trop encourager les doctorants qui hésitent à se lancer. L’aventure est belle, parce qu’elle oblige à se poser des questions qu’on ne se pose pas tant, d’habitude. Elle nous fait nous dépasser. Et plus que le résultat, c’est la préparation qui secoue nos convictions, nos croyances et nos conceptions.

Pour tous les autres, je ne saurais que trop les encourager à se promener sur Youtube à la recherche de vidéos de finale de ce concours Ma thèse en 180 secondes. Regardez ce que la relève scientifique prépare, et joignez-vous au débat. C’est important, de pouvoir en parler tous ensemble.

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Photo en Une : Ilyass SEDDOUG 

Source des images : Paolo Nicolello, Nathan DumlaoShane Rounce

 

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